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histoire de la flibuste 8

Les flottes aux trésors

 

 

 

 

L'expression «Carrera de Indias» (littéralement «la route des Indes») est généralement traduite en français de l'époque par «Commerce des Indes». C'est le commerce entre l'Espagne, et par extension de tous les pays d'Europe, avec l'Amérique, le meilleur de l'Amérique, soit le Mexique et surtout le Pérou. La Carrera de Indias a pour point de sortie et d'entrée une ville, Séville, port de mer d'Andalousie d'où sont parties d'ailleurs les premières expéditions de Colomb. Séville est alors la véritable capitale maritime et commerciale de l'empire espagnol, et probablement aussi de toute l'Europe. Lire la suite...

C'est là en effet que siège la Casa de Contratación ( la «Chambre des comptes»), qui contrôle pour le roi d'Espagne tous les échanges commerciaux avec les colonies espagnoles. C'est là aussi que chargent ou déchargent les convois venant ou revenant d'Amérique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

plan de Cartagena
par Baptista Boazio
1588

Le premier système de convoi apparaît très tôt, organisé dès 1537 pour contrer la menace des corsaires français. À l'origine, la flotte des Indes occidentales, composée de six navires de guerre et d'une vingtaine de marchands, allait annuellement à Nombre de Dios (côte caraïbe de Panama) charger les trésors du Pérou. Ensuite elle passait à Cartagena pour prendre l'or et les émeraudes provenant de l'intérieur du pays ainsi que les perles de l'île Margarita, dont l'importance, comme on l'a vu, diminuera en faveur des centres de Rio de La Hacha et La Rancheria au siècle suivant. Finalement, à La Havane, elle rejoignait les navires venant de la Vera Cruz , lesquels transportaient les produits mexicains. Après s'y être ravitaillée, elle gagnait les Açores où l'Armada de la mer Océane (organisée dès 1522) l'escortait jusqu'en Espagne en passant par le cap Saint-Vincent où il y avait toujours à craindre les corsaires et pirates tant français que barbaresques.

 

 

 

 

De plus, et ce durant presque toute la période coloniale, la couronne espagnole permit à un certain nombre de navires marchands, les «sueltos», de voyager annuellement vers l'Amérique, par licences spéciales délivrées par la Casa Contratación , à Séville. Selon le contexte politique européen, il y en eut, aux meilleures années, jusqu'à une cinquantaine. Les sueltos étaient des proies faciles pour les flibustiers, mais la Couronne comptait sur eux pour maintenir la communication avec ses établissements américains que ne visitaient pas les «naos», de larges vaisseaux marchands de 200 à 400 tonneaux, qui composaient alors les flottes aux trésors. Pour protéger les sueltos et les plus vulnérables de ses colonies ainsi que le commerce entre celles-ci, l'Espagne maintint, à certaines époques, aux Antilles une escadre de quatre à huit vaisseaux de guerre appelée l'Armada de Barlovento.

 

 

 

 

Au milieu de XVIe siècle, lorsque des galions de fort tonnage (300 à 1000 tonneaux) entrèrent en service et remplacèrent les naos, le système des convois fut réorganisé. Lorsque les attaques des corsaires devinrent plus fréquentes, Deux flottes furent alors envoyées par année en Amérique. Chacune d'elles était composée de quatre galions lourdement armés, de deux pataches de 80 tonneaux servant de barques d'avis et, selon l'endroit où elle se trouvait, de dix à quatre-vingt-dix naos. Chaque flotte était commandée par un capitaine général assisté d'un amiral, toutes charges vénales que les titulaires devaient acheter à la Couronne. Afin de se prémunir contre les corsaires, des navires de guerre supplémentaires accompagnaient souvent chaque flotte. Règle générale, tous les navires devaient être armés: un galion marchand de 400 tonneaux devait avoir au moins une douzaine de canons et un navire de guerre de même dimension une cinquantaine, mais cette exigeance connut plusieurs infractions.

 

 

 

 

La première flotte quittait généralement l'Espagne en mars et la seconde en septembre. La première escale aux Petites Antilles se faisait ordinairement à la Guadeloupe ou à la Martinique où les équipages se ravitaillaient avant de se séparer. Les navires allant au Mexique, à Hispaniola, Puerto Rico, Cuba, la Jamaïque et au Honduras partaient ensemble. Quant à ceux qui se rendait au Venezuela, en Colombie et à l'Isthme de Panama, ils voyageaient en compagnie des quatre galions et des deux pataches. Les galions s'arrêtaient à Nombre de Dios et à Cartagena pour collecter le trésor, puis faisaient voile vers La Havane pour attendre l'arrivée des navires dont ils s'étaient séparés aux Petites Antilles avant de regagner l'Espagne.

Textes de Raynald Laprise.

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