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Histoire de la flibuste 36

Entre la Tortue et la Jamaïque (1656-1667)
 
Quelques semaines après sa victoire sur les Anglais de Venables et Penn en avril 1655, le gouverneur général de l'île Hispaniola, le comte de Peñalba, ordonna le retrait de la garnison stationnée à la Tortue. Son prédécesseur, le président Montemayor, qui siégeait toujours à l'Audience royale de Santo Domingo et dont la politique avait permis la reprise de la petite île, n'y était pas favorable. Mais Peñalba s'était allié aux ennemis politiques de Montemayor et avait saisi la possibilité offerte par le roi d'Espagne, dès l'année précédente, lui permettant d'abandonner la Tortue en considération du peu de forces qui restait pour défendre la capitale. À la fin d'août 1655, le sergent-major Calderón, laissé comme commandant à la Tortue après sa reconquête sur le chevalier de Fontenay et partisan de l'avis de Montemayor, s'exécuta à contrecoeur et, après avoir rasé le fort Levasseur, il évacua l'île.
En quittant les lieux, Calderón laissa, par pure forme, une lettre, en anglais et en français, interdisant à tout étranger de revenir s'établir à la Tortue. Un mois plus tard, en septembre 1655, venait y mouiller une barque dont l'équipage était, selon les Espagnols, composé de quelques Français. En mars de l'année suivante, un bâtiment portait à la Jamaïque la copie anglaise de la lettre de Calderón, prise à la Tortue que son équipage avait trouvé déserte. En 1657, Anglais et Français vinrent réoccuper presqu'en même temps l'île.
Une certaine confusion entoure la nationalité des nouveaux occupants de la Tortue. Il apparaît cependant qu'un poignée de Français s'y rétablirent les premiers. À leur tête se trouvait un gentilhomme protestant, Jérémie Deschamps seigneur du Rausset, venu avec Levasseur à la Tortue où il avait vécu pendant près de quatorze ans jusqu'à la reprise de l'île par les Espagnols. Le contenu de la commission royale qu'il prit en France, en novembre 1656, pour gouverner l'île au nom du roi Louis XIV ainsi qu'un mémoire sur l'état de la Tortue datant de 1663, plaident pour cette hypothèse. Durant le séjour de Du Rausset en France ou avant son départ, un groupe d'Anglais s'installa à demeure dans l'île. Leur chef, Elias Watts, alla ensuite à la Jamaïque, où, au cours de l'année 1657, il obtint une commission du général Brayne pour commander à la Tortue.

Probablement informé des démarches de Watts, Du Rausset se rendit alors en Angleterre. La commission française qu'il détenait ne lui suffisait évidemment plus: les Anglais de la Jamaïque étaient assez forts pour le chasser de la Tortue quand bon leur semblerait. Aidé sûrement par sa bonne connaissance de l'île et de ses environs ainsi que par soa qualité de protestant, il obtint, en 1659, un ordre du Conseil d'État du Commonwealth d'Angleterre adressé au gouverneur de la Jamaïque pour que lui fût délivrée une commission anglaise de gouverneur de la Tortue. De Londres, Du Rausset passa à La Rochelle où il s'embarqua, avec une trentaine de compagnons, à destination de la Jamaïque.
navires anglais
par Aernout Smit, XVIIe s.
 
Entre-temps, à la Tortue, la petite colonie de Watts avait grossi, atteignant environ 300 personnes, moitié français moitié anglais. La reprise des activités dans l'île n'y avait pas attiré que des planteurs ou des marchands. En effet, des boucaniers de la grande île Hispaniola ainsi que des flibustiers commençaient à y retourner, les uns pour y vendre leurs cuirs les autres pour se ravitailler et écouler une partie de leur butin comme à l'époque de Levasseur et qu'ils incorporèrent de force dans leur flottille puis ils appareillèrent pour Puerto Plata à la côte nord de Saint-Domingue. Arrivés à destination, Delisle et ses hommes s'enfoncèrent dans les terres et, le vendredi saint de l'an 1659, ils mirent à sac le bourg de Santiago de los Cabelleros. Ils s'en retournèrent à la Tortue, après avoir mis en déroute une troupe d'Espagnols venue au secours du bourg.
L'année suivante, Du Rausset débarqua à la Jamaïque où, sur présentation de l'ordre du Conseil d'État, le gouverneur D'Oyley lui remit une commission pour commander à la Tortue à la condition expresse de le faire aux mieux des intérêts anglais. En apprenant la venue de ce rival potentiel, le gouverneur Watts ne trouva rien de plus digne que de voler une barque de la Tortue et de prendre le large, avec sa famille et ses biens, cap sur la Nouvelle-Angleterre. Du Rausset s'installa donc dans l'île sans rencontrer d'opposition. Il allait bientôt s'affranchir de la tutelle du gouverneur D'Oyley. En effet, un flibustier portant commission de Du Rausset arriva quelques mois plus tard à la Jamaïque. Considérant ce document comme une atteinte à son autorité, D'Oyley fit rappeler à l'ordre Du Rausset. Alors ce dernier jeta bas le masque et annonça qu'il gouvernerait désormais l'île en vertu de sa commission française de 1656.
Peu de temps après cet incident, en 1661, Du Rausset tomba gravement malade et se retira à la côte de Saint-Domingue avant de repartir en France l'année suivante. Pour commander en son absence, il laissa à la Tortue son neveu Frédéric Deschamps de La Place, qui dut affronter la première tentative des Anglais de la Jamaïque pour reprendre le contrôle de l'île. D'Oyley avait pourtant hésité à employer la force, car il savait que les Français étaient à présent nombreux à la Tortue et sur les côtes d'Hispaniola, et que plusieurs flibustiers de cette nation commençaient à fréquenter la Jamaïque. Mais il se laissa convaincre par le colonel Arundell, gendre de Watts, qui prétendait pouvoir faire facilement prisonnier Du Rausset, tant l'affection pour son beau-père, l'ancien gouverneur, était grande parmi la population. Se méprenant lui-même grandement sur l'estime que portaient les habitants de la Tortue pour son beau-père Watts, Arundell y fit descente avec une trentaine d'hommes seulement. Les Anglais réussirent bien à s'emparer de la maison du gouverneur, mais ils furent aussitôt désarmés puis renvoyés à la Jamaïque par La Place et ses partisans.

Textes de Raynald Laprise.

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R
Bonjour,<br /> <br /> Je remarque que plusieurs des textes que j'ai écrits se retrouve dans vos pages, dont celui-ci touchant l'histoire de la Tortue et de la Jamaïque, de 1656 à 1667. Malheureusement, je ne vois aucune mention que vous avez pris ce texte et bien d'autres dans mes pages. Je vous demande donc, soit de mentionner clairement d'où il vient et qui en est l'auteur, soit de retirer ce texte de vos pages ainsi que tous les autres «piratés» de même façon sur mon site.<br /> <br /> Merci à l'avance.<br /> <br /> Raynald Laprise.
Répondre
C
Merci de votre visite sur ce site amateur sans autre vocation que de faire découvrir la boucane. modification des articles en cours