Avec la disparition de Jol, l'époque où la Compagnie des Indes occidentales armaient de grosses flottes pour s'emparer des trésors de l'Amérique espagnole était presque terminée. Toutefois, durant les années suivantes et ce jusqu'à la signature de la Paix, à Munster, avec l'Espagne, les corsaires néerlandais, ayant pour base d'opération l'île de Curaçao, continueront à harceler le commercer et même à tenter des expéditions contre les établissements espagnols, comme ce fut le cas pour ceux du lac de Maracaïbo qui furent pillées en octobre 1641.

attaque hollandaise contre une forteresse espagnole
par Adam Willaerts, 1627
Curaçao était alors la principale base flibustière de la mer Caraïbes. Cependant l'île anglaise de Providence en était devenue une aussi, moins importante il est vrai, mais beaucoup plus dangereuse que la petite colonie néerlandaise, car au centre de l'empire des Indes. En 1635, Samuel Axe, un aventurier au service de la Compagnie, avait pris des commissions néerlandaises pour piller les Espagnols, ce qui justifia, en partie, une première attaque espagnole contre la colonie anglaise qui se révéla un échec. Dès l'année suivante, toutefois, le comte de Warwick et les autres actionnaires de la Providence Island Company avaient autorisé l'émission de lettres de représailles contre les Espagnols. Cette même année 1636, le capitaine Thomas Newman, venant d'Angleterre avec une commission de la Compagnie, s'associa avec le mulâtre Diego pour piller les Espagnols. Deux ans plus tard, en 1638, arrivait comme nouveau gouverneur Nathaniel Butler, un proche collaborateur du comte de Warwick, qui prit personnellement en charge les entreprises de course. De mai à septembre 1639, ce sexagénaire, un homme de guerre expérimenté et ancien gouverneur des Bermudes, conduisit en personne une petite expédition qui appareilla de Providence à dessein d'aller faire la guerre à l'Espagnol dans le golfe des Honduras. Il se rendit alors facilement maître du port de Trujillo où il ne fit pas grand butin, non sans raison. Quelques temps auparavant, William Jackson, commandant un corsaire armé en Angleterre, sorti de Providence avec une commission de Butler peu de temps avant le départ de celui-ci, y avait pris un vaisseau négrier pour lequel les habitants du bourg avaient payé une forte rançon. Après s'être rendu jusqu'à Cuba, Butler revint bredouille à Providence qu'il quitta bientôt pour Londres.
À la fin de 1640, après le départ de Butler, les Espagnols de Cartagena tentaient une seconde attaque contre Providence, mais ils furent repoussés. Ils récidivèrent dès le printemps suivant (mai 1641) sous les ordres du général Francisco Díaz Pimienta et, cette fois, ils réussirent. Les colons anglais qui survécurent à l'attaque, furent déportés vers l'Espagne et furent remplacés par une garnison espagnole: c'en était fini de la colonie de l'île Providence. Toutefois, avant sa conquête par les Espagnols, le capitaine William Jackson avait entrepris une nouvelle croisière (1642-1645) aux Antilles sous une commission du comte de Warwick, avec comme vice-amiral, Samuel Axe, qui s'était distingué comme corsaire à Providence dans les années 1630. En décembre 1642, Jackson, avec environ un millier d'hommes, recrutés principalement à la Barbade et à Saint-Christophe, attaqua La Guayra, le port de mer de Caracas où ses troupes furent repoussées. L'année suivante, il prit sa revanche en pillant les établissements du lac de Maracaïbo. Et, toujours en 1643, il fit descente à la Jamaïque dont il prit la capitale, Santiago de La Vega, soutirant une bonne rançon aux habitants de celle-ci.
La reprise de l'île Providence par les Espagnols et aussi la disparition des corsaires néerlandais suite aux traités de Westphalie mettant fin à la guerre de Trente ans va donner l'occasion à une toute nouvelle colonie française récemment implantée sur une petite île à la côte nord d'Hispaniola de devenir un nouveau point de ralliement des aventuriers de la mer des Caraïbes, auxquels les corsaires néerlandais au service de la Compagnie des Indes occidentales avaient déjà donné le nom de «vrijbuiters». L'âge d'or des flibustiers allait commencer.
Textes de Raynald Laprise.